CLUB DES CYCLO - RANDONNEURS TOULONNAIS

FÉDÉRATION FRANÇAISE DE CYCLOTOURISME

Pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle du 1er au 15 septembre 2003

 

 

  Note de l'auteur : si ce reportage est intitulé "pèlerinage", il n'empêche que Marc Liboa, l'organisateur, a avant tout conçu ce voyage comme une randonnée de cyclotourisme à la moyenne de 20 km/h. Ceux qui ne croient pas en Dieu ne sont pas obligés de pointer la créanciale, ni d'assister aux messes de départ et d'arrivée, tout est facultatif.

 

  J'arrive avec ma voiture personnelle le 1 er septembre au soir à l'hôtel Le Brivas au Puy en Velay, car le départ se fera demain matin assez tôt. Avant le dîner Marc Liboa, l'organisateur, lance la première réunion et distribue le journal des parcours, le maillot, et la créanciale : carnet de route où il faudra faire apposer les cachets du chemin de St Jacques. Nous sommes 28 participants, plus 6 accompagnateurs répartis dans 3 voitures dont une voitures balai avec remorque pour 6 vélo (très important pour la suite).

Premier jour : Le Puy - St Alban

    Le 2 septembre rendez-vous à la cathédrale du Puy en Velay pour la messe (facultative) des pèlerins qui a lieu à 7 heures. L'évêque après la messe nous bénit et nous offre une médaille de la vierge pour nous protéger tout au long ne notre périple. Munis ne notre créanciale à jour nous nous dirigeons vers la place du Plot départ officiel, car le Puy en Velay est un des départs historiques pour St Jacques. Nous allons suivre au plus près la "Via Podiensis" chemin des pèlerins à pieds mais par des routes carrossables. En chemin nous entrons à Gévaudan pour voir la "bête". Nous passons à Sangues et sa cathédrale bicolore, pour arriver après 85 km et 1200 mètres de dénivelée à St Alban vers 13 heures pour le déjeuner. L'après-midi nous visitons avec un guide son château et son église typique avec son mur de cloches.

Cathédrale de Saugues
Eglise de St Alban face à l'hôtel
Eglise de St Alban au centre ville
Le château de St Alban

Deuxième jour : St Alban - Estaing

    Le 3 septembre nous partons de St Alban sur Limagnoles, nom complet du village, toujours vers le sud-est en direction de St Chely d'Aubrac où nous faisons un arrêt casse croûte. Vers 13 heures nous arrivons à Estaing, patrie d'un ancien président de la République, pour le déjeuner au restaurant "aux armes d'Estaing". Nous avons parcouru aujourd'hui 85 km et 1100 mètres de dénivelée.

Le château d'Estaing

  Nous rangeons ensuite notre valise à l'hôtel tout proche, et là nous voyons dans le couloir un tas de sacs de voyage. Nous questionnons l'employé qui nous indique que ce sont des sacs de pèlerins à pieds qui font transporter leurs sacs par le car régulier, d'étape en étape, pour alléger leur fardeau. Après la douche et un court repos nous partons visiter le château d'Estaing. Le soir récupération et repos car à partir de demain et jusqu'aux Pyrénées la moyenne montagne sera présente.

Détail d'une tour du château
Troisième jour : Estaing - Caussade

  Nous partons à 8h15 car nous avons beaucoup de chemin à faire après les 2 premières étapes de mise en jambes. Il faut dire que Marc a réorganisé son circuit, car l'année précédente ces deux étapes n'en faisaient qu'une, ce qui avait l'année précédente créé quelques remous. En route nous nous arrêtons pour visiter la cathédrale de Conques. Il faut savoir que le chemin de Compostelle est parsemé d'églises

La cathédrale de Conques

et couvents qui servaient d'abris pour les pèlerins. A Villefranche de Rouergues nous quittons le chemin de Compostelle pour nous diriger vers Caussade car l'hôtel de Cahors ne peut nous prendre tous. Cela a un peu rallongé nous parcours qui passe à 151 km et 2100 mètres de dénivelée. J'ai un peu mal aux jambes, mais comme il n'y a rien a voir dans ce village j'en profite pour me refaire une santé avant l'excellent dîner.

 

Quatrième jour : Caussade - Castera

 

Le Cloitre de Moissac

  Aujourd'hui nous sommes parti pour 134 km et 1300 mètres de dénivelée. Après un arrêt à Moissac où nous visitons le cloître du couvent, nous nous arrêtons pour déjeuner à St Nicolas, au son de l'accordéon de Dino à la fois cyclo et membre du groupe des accompagnateurs. Le soir à Castera nous dégustons la célèbre "Garbure", soupe de légumes aux haricots blancs. Le déjeuner à la ferme à St Nicolas

Cinquième jour : Castera - Arzacq

 

L'église d'Arzacq
    Le 6 septembre journée de 104 kilomètres et 1500 mètres de dénivelée. Toujours de la cote, même si c'est de la moyenne montagne, sur la fin nous trouvons un petit "mur" qui nous fait mal aux jambes. Comme nous approchons du pays basque les nuages s'amoncellent au dessus de nos têtes et ne présagent rien de bon. Il nous tarde d'arriver ce que nous faisons en milieu d'après-midi. Nous sommes logés dans un gîte de vacances à cinq ou six par chambre, il faut attendre son tour pour la salle d'eau car il n'y a qu'une douche. Comme il n'y a rien à faire dans ce village, lorsque tout le monde a fait sa toilette je lave cuissard, chaussettes et maillot, mais ils ne sécherons pas car la pluie commence à tomber avec la nuit. Heureusement le Maire d'Arzacq Arraziguet a la bonne idée de nous inviter à un pot de l'amitié, je retrouve là une tradition bien ancrée des 1000 km de la Loire, il n'y pas comme Marc pour provoquer ce genre de situation.

Sixième jour : Arzacq - Ronceveau


    Journée très difficile, le matin il pleut des cordes personne ne veux prendre le vélo surtout pour des raisons de sécurité. Finalement Marc loue un car pour la matinée et nous emmène à Sauveterre de Béarn pour le repas de midi. Résultat du jour seulement 20 km de vélo, c'est peu et cela ressemble à une journée de repos.

Déjeuner à Sauveterre de Béarn
    A midi nous sommes reçus à Sauveterre par l'équipe de rugby et nous goûtons un bon repas arrosé de vin de pays, on voit qu'ils sont des habitués de la troisième mi-temps. Après le repas nous attaquons le col de Ronceveau pour 7 kilomètres de montée, pour s'arrêter à l'hôtel en Espagne à Roncevalles à deux kilomètres de la frontière. Comme toujours en Espagne l'hôtel est de premier choix.
Le col de Ronceveau côté espagnol

 

Septième jour : Roncevalles - Navarrete

 

Arrêt à Pampelonne
Pique-nique à Puente la Reina
Départ de Pampelonne
  Il pleut légèrement c'est vrai que nous sommes encore dans les Pyrénées. Nous attaquons maintenant "El camino francés", a Pampelonne nous faisons une halte pour regrouper tout le monde car la traversée de la ville sera longue et difficile. A midi nous nous arrêtons sur une place à Puente la Reina (Pont de la Reine), heureusement le soleil est revenu et il nous quittera plus, face à une auberge de pèlerins où nous pointons nos cartes. Après notre repas froid nous voulons aller au W-C mais il y a tellement de monde à l'auberge et si peu de commodités que nous renonçons, on ira dans un champ. Nous arrivons au but de notre étape après 153 km et 1400 mètres de dénivelée, énervé par la traversée de Logroño où nous nous trompons de route pour passer par la nationale et son trafic important en camions de toutes sortes.

 

Huitième jour : Navarrete - Burgos

 

Le col de la Pedraja
  Il ne pleut plus mais il fait très froid ce matin là, mais comme ça monte on a vite fait de s'échauffer avec un ou deux cols à la clé. Malgré ces difficultés nous arrivons assez tôt à Burgos à 14h30 pour le repas, après 104 kilomètres et 1500 mètres de dénivelée. La ville est pleine d'agents de police, les trottoirs sont délimités par des barrières. Après palabres la police nous laisse passer, pour se faire plaisir nous faisons le sprint du dernier kilomètre. Nous allons directement au restaurant on nous explique que nous avons pris la route de la Vuelta, qui doit arriver d'ici une ou deux heures.
  L'après-midi je visite pour 3 euros la magnifique cathédrale de Burgos distinguée par l'UNESCO avec le titre de "bien culturel" du patrimoine mondial. On y trouve les chapelles de St Jean BAPTISTE, de Saint JACQUES, de Ste CATHERINE, la chapelle du CORPUS CHRISTI, et la chapelle des CONNÉTABLES. IL faut voir aussi le Cloître réservé au processions liturgiques et le Musée où sont exposés calices, croix, ostensoirs, images, tapisseries ....
Cathédrale de Burgos vue d'ensemble
Cathédrale de Burgos la porte principale
Cathédrale de Burgos les Tours

 

Neuvième jour : Burgos - El Burgo Ranero

  Parcours facile de 153 km et 700 mètres de dénivelée. Surprise, pour la première fois nous rencontrons 40 km de routes plates, il faut en profiter avant les montagnes qui nous attendent les  prochains jours. Cela permet

d'admirer le paysage verdoyant des villes de Carrion de los Condes et de Sahagun où nous faisons notre halte pour le déjeuner sur une place ombragée. Heureusement le soleil ne nous quittera plus jusqu'à l'arrivée. Nous arrivons au but de notre étape et là surprise, la construction de l'hôtel n'est pas terminée. Tout finit par s'arranger entre le bâtiment principal, une annexe et des voisins ou de la famille qui hébergent les
Carrion de los Condes

derniers cyclos. Après avoir pointé à l'auberge en face, nous passons à table pour un excellent repas (nous avons la salle pour nous seuls). Dino nous gratifie de son concert habituel et nous reprenons en cœur les refrains des chansons à boire. A ce moment la patronne déguisée en mexicain arrive avec sa guitare et nous mime un radio crochet, ce fut un moment folklorique avec une franche rigolade.

 

Dixième jour : El Burgo Ranero - Ponferrada

 

  A partir d'aujourd'hui nous attaquons la partie la plus difficile de la randonnée avec pour cette seule journée 152 km et 2000 mètres de dénivelée. Le tourisme ne perd cependant pas ses droits avec un arrêt pour voir la magnifique cathédrale de Léon ville importante capitale de province. Comme il y a une forte circulation les voitures d'accompagnement restent à la
Cathédrale de Léon entrée
périphérie et nous visitons la ville en vélo. Pas un cyclo ne se perdra et nous repartons ensemble pour Astorga où nous arrivons à 13 heures pour le déjeuner. La ville est plus petite mais elle contient aussi son lots d'églises moins fastueuses que les cathédrales. Cependant la chose à voir à Astorga est le fameux Palais Épiscopal joyau de l'art nouveau, imaginé par l'architecte
Palais épiscopal de Gaudi à Astorga
Cathédrale de Léon coté
Cathédrale de Léon arrière
Antonio GAUDI celui-là même qui a conçu la cathédrale de Barcelone. Le restaurant est très bien décoré et le repas excellent ce qui nous permet d'attaquer les premiers contreforts des monts de Léon avec un certain optimisme, malgré les difficultés prévisibles. A partir de maintenant ça monte pendant 28 km, mais les 10 derniers seront terribles avec l'ascension du col de Manjarin, altitude 1500 mètres, où se trouve la fameuse Cruz de Ferro (Croix de Fer en français). La difficulté ne vient pas du pourcentage de la cote, mais de l'état de la route. Cette route a été goudronnée quelques jours avant et avec la chaleur (il fait 35 degrés) le goudron a fondu et les pneus collent, on n'avance pas. A mi-montée nous nous arrêtons, un groupe de 7 à 8 cyclos, à ce qui semble être une taverne de montagne pour boire une bière. Il faut dire que dans ce groupe il y a trois gars du Nord Pas-de-Calais de très bonne fréquentation comme c'est souvent le cas, groupe qui restera d'ailleurs uni jusqu'à l'arrivée. L'intérieur ressemble à une bergerie aménagée en bar, avec un
Palais Gaudi à Astorga

serveur habillé à l'ancienne vêtu d'un gilet de peau de mouton. Un quart d'heure plus tard nous reprenons notre ascension pour arriver au sommet ou une partie des participants nous attendent avec impatience. En effet certains ont fait la course en montée et il a même été improvisé une cérémonie de remise du trophée de meilleur grimpeur sur un podium improvisé (un vieux frigo abandonné là par incivisme). On s'est cru un moment sur une autre planète entre les "coureurs" et les cyclotouristes que nous étions, à jouir du panorama et à goûter aux plaisir du palais. Cette croix au sommet d'un poteau télégraphique en bois est entourée d'un tas de cailloux apportés par les pèlerins. Selon la tradition (j'étais prévenu avant de venir au pèlerinage), je dépose un petit caillou de mon jardin et je fais un vœux en espérant qu'il sera exaucé. Ceux qui n'étaient pas au courant laissent un objet personnel : stylo, casquette, lunette, fanion .... etc. Le sol et le bas du poteau en son jonchés. Ensuite ce fut la descente bien méritée sur Ponferrada.

La Cruz de Ferro

 

Onzième jour : Ponferrada - Sarria

 

  La journée démarre bien pour moi malgré les chiffres annoncés : 100 km et 2200 mètres de dénivelée. Mais voilà alors que je monte à l'aise le col de Pedrafita do Cebreiro à 28 kilomètres du départ mon dérailleur arrière se brise net et coupe mon élan. Je suis contrains la mort dans l'âme de monter dans la voiture balais jusqu'au terme de l'étape. Je rate la fin de ce col, ainsi que le Col del Poyo (banc de pierre), la vue est
Le couvent de Sarria
comparable à celle des Pyrénées avec beaucoup de verdure. Pendant que les collègues en terminent avec les cols je les encourage au passage du sommet. A l'arrivée à Sarria je me met à la recherche d'un vélociste pour changer mon dérailleur et j'y dépose mon vélo qui sera réparé dans l'heure pour une somme tout à fait modeste. Ensuite je visite la ville dont les rues sont assez pentues, car Sarria est bâtie sur une colline.

 

Douzième jour samedi 13 septembre : Sarria - Santiago

  La dernière journée de vélo sera encore rude avec 120 km et 1900 mètres de dénivelée. Pour notre arrivée nous avons tous revêtu le maillot distribué par l'organisation, cela nous fera remarquer et les policiers espagnols seront plus sympathiques. Malgré la fatigue je mouline bien dans les montées et il m'arrive souvent d'attendre le groupe avec qui je me suis lié. Exception à la règle le déjeuner à Melide est immangeable et il fait une chaleur

Le rêve est réalisé
torride dans cette salle que l'on pourrait qualifier de gargote. On repart enfin pour atteindre en milieu d'après-midi le Mont de Gozo dominant St Jacques but de notre voyage. Après avoir rassemblé tout son petit monde Marc nous conduit en cortège sur le parvis de la cathédrale. Nous posons pieds à terre avec une émotion certaine, et nous sacrifions ensuite au rite de la
Le groupe devant la cathédrale
photo de groupe. Nous retrouvons notre hôtel plein à ras bord de touristes (en l'espace d'une demi heure je les ai vu refuser six personnes pour manque de places). Est-ce à cause de cela ou parce que les galiciens sont des gens peu communicants, il n'empêche que nous avons été très mal reçu par les commerçants en Galice.

 

Treizième jour dimanche 14 septembre : Santiago

  Journée libre comme l'on dit, c'est à dire qu'il faut se débrouiller seul dans une ville de plus de 100 000 habitants que l'on connaît pas, avec un prospectus de l'Office de Tourisme local. Il faut trouver sa route, le restaurant de midi, visiter la cathédrale et la vieille ville pour finir fourbu le soir.

La procession
  Tout d'abord il s'agit de décrocher le diplôme de "bon pèlerin". Avec la créanciale je me présente au bureau du diocèse il y a foule et après avoir énoncé mes motivations j'obtiens l'objet attendu. Il ne me reste plus qu'à assister à la messe des pèlerins que je ne comprends pas car elle est faite en galicien, mais une messe est une messe. Dehors les processions se succèdent aux sons des bandas. Il est plus de midi,
Pèlerins avec leur cierge
j'achète un sandwich et une boisson que je déguste dans un très joli parc sur un banc à l'ombre d'un arbre, ce soir au restaurant je mangerai mieux (du poisson et de la coquille St Jacques naturellement). Il me reste maintenant tout une après-midi de libre, et nous aurions du comme les pèlerins d'autres fois aller au bord de la mer à 18 kilomètres de là, mais l'organisation ne l'a pas prévu. Je vais donc visiter à pieds la ville de Saint Jacques de Compostelle et acheter dans un magasin pour touristes une coquille St Jacques décorée à la main..

 

Quatorzième jour : Santiago - Le Puy en Velay

 

  Le lundi matin nous prenons le car qui nous emmène à l'aérodrome. Arrivé à Madrid nous prenons un deuxième avion pour Lyon. Là un des participants voit sa fille et ses deux enfants l'accueillir avec une banderole : "pépé tu est un champion". Inutile de dire que dans le car qui nous conduisit à notre hôtel du Puy en Velay les bons mots et les plaisanteries ont fusées de tous cotés.

 

Quinzième jour : Le Puy en Velay - Toulon

 

  Le mardi 16 septembre au matin c'est le jour du retour chez soi. Après un petit déjeuner copieux, Marc Liboa distribue à chacun d'entre nous un trophée souvenir. C'est le retour sur Toulon avec arrivée en début d'après-midi, fatigué mais heureux car le rêve que j'avais entretenu depuis des années a été enfin réalisé.

 

  Conclusion : comme d'habitude l'équipe d'accompagnateurs dirigés par Marc Liboa a été à la hauteur de l'événement. Notre seul soucis était de pédaler dans la bonne humeur, tout le reste était pris en charge. Ce fut aussi une excellente randonnée, mais beaucoup plus difficile que celle des milles kilomètres de la Loire. Je ne conseille pas aux cyclos en condition physique moyenne de se présenter au départ, car ce fut vraiment un pèlerinage avec tout ce que cela comporte de joies et de souffrances.

 

CLAUDE

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